Le feuilleton de l'été - épisode 1 - Chez Aurélien Lefort

5 août 2017 par Florence

Le Feuilleton de l'été - EPISODE 1
Tout ce qu'on n'a pas eu le temps de vous raconter cette année...

Visite chez Aurélien Lefort

Première étape du périple auvergnat de deux jours. Nous sommes le 20 octobre 2016...

On arrive vers midi chez Aurélien Lefort à Madriat, dans le Puy-de-Dôme, juste en dessous de Boudes, à 50 kms au sud de Clermont-Ferrand.

Il est prévu de faire un casse-croûte avant d'aller déguster et voir ses vignes. Alors on s'est arrêté à quelques kilomètres à Saint-Germain dans une super crèmerie. On arrive les bras chargés de fromage et de charcuterie.

Aurélien nous attend dans sa cuverie où Marc de l’atelier Tampon est venu lui donner un coup de main.

On monte quelques marches jusqu’à l’entrée de la maison où nous attend Aniezka, la compagne d'Aurélien, avec leurs enfants - Kai, leur fils et leur tout jeune bébé - et une de leurs amies sommelière.

Ça sent bon la cuisine… Aurélien nous apprend que finalement on va faire un peu plus qu'un casse-croûte : Aniezka nous a preparé quelquechose. On n'en attendait pas tant, on est ravis !

Aurélien nous sert un verre. S'engage une discussion sur son parcours.

Florian : “Quand-est-ce que tu t’es installé en Auvergne ?”

Aurélien : “En 2011. J’ai fait ma première cuvée en 2012."

Avant j’ai passé 2 ans dans le Loir-et-Cher chez Michel Auger, du domaine les Maisons Brûlées. Ensuite je suis arrivé en Auvergne où j’ai travaillé d'abord chez Patrick Bouju et ponctuellement chez d'autres vignerons le temps de faire un peu de sous et de m'installer …”

 La cuvée s’appelle “Baron Samedi ”

Aurélien : « Un vin qui était fragile, et qui commençait à s'oxyder pendant la mise en bouteille. Je l'ai laissé de côté en me disant que soit je l'oublierai, soit il deviendrait intéressant. Et depuis quelques semaines il devient intéressant. »

Tout le monde confirme.

« De la chair, du fruit et de la légèreté. » se délecte Gérard. "Ça fait du bien d'être ici ! » dit-il un sourire jusqu'aux oreilles.

Aurélien pose un beau saucisson sur la table.

Il reprend : « Moi je trie beaucoup. Là il y a beaucoup de tri. Des fois en une journée on ramasse huit caisses de 10 kgs »

Anieshka : « oui et puis on n'a pas toujours été deux."

Aurélien : « On enlève  tous les grains secs, ce qui ont été frappés par la grêle, ou ceux qui ont des maladies. C'est vraiment pour garder ce qu'il y a de meilleur. Ce que je veux c'est avoir des baies où il n'y a pas de jus dessus. Des grains nickel !".

Florian : « Des grains non percés… »

Aurelien : « oui, comme ça une fois dans la cuve, la fermentation se fait à l'intérieur de chaque baie : c'est ce qu'on appelle la fermentation Intra-pelliculaire."

Florence : « Et les vendanges ? »

Aurelien : « Ben tu imagines qu’à deux, et avec ce tri, c'est un travail qui est lent. On peut mettre deux à trois semaines. On vendange en fonction des parcelles, on regarde ce qu'il y a de plus mûr, et on commence par ça, ou par les parcelles les plus attaquées par les oiseaux. »

 

On discute, on prend des nouvelles. Gérard parle de ce gros projet sur lequel il travaille aux cotés de son frère Laurent Katz : la « Maison Buon » qui va ouvrir à Marseille, à proximité du Vieux-Port : un espace de 700m2, un coup de cœur, où il y aura « La Cave des Papilles Marseille », un restaurant « Madame Jeanne », un patio, une conciergerie, et des appartements à l'étage… (Evidemment à l’heure où on vous raconte cet épisode, La Maison Buon est ouverte depuis plusieurs mois). Pourquoi La « Maison Buon » ? Parce que c’est le nom que portait l'épicier qui était en bas de la rue des frères Katz quand ils étaient petits.

Gérard regarde avec attention une bouteille de « Sugar Morphose ». « Elle est super cette étiquette ! Qui fait les étiquettes ? » Demande t-il.

« C'est moi. » répond Aurélien.

Tous en chœur : « Ah c'est toi ??!»

L’amie sommelière : "Ah oui ! Comme celle de la cuvée avec Patrick bouju ? »

Aurélien « Oui c'est ça. Avec le personnage à deux têtes"

Gérard : « T'as eu une carrière de dessinateur ? »

Aurélien : « Avant oui. C'est ce que je voulais faire. J'ai fait des études aux Beaux-Arts, dans la peinture. On faisait de la gravure aussi et de la litho. D'ailleurs il y a une étiquette que j'étais allé faire à Paris à l'atelier du Cheval Blanc vers Bastille, chez un super lithographe qui a une collection de pierres qui viennent d'une carrière en Bavière qui n'existe plus, des pierres très dures qui font la taille de la table, c’est impressionnant. »

Gérard demande si il peut voir d'autres dessins.

Aurélien : « oui bien-sûr. Bon il y a déjà les étiquettes des bouteilles. J'ai fait 11 cuvées pour l'instant. C'est d'ailleurs ce qui était rigolo, c'était de trouver le dessin qui colle, avec un endroit…

Parce qu'au début j'avais des vignes sauvage, j'ai récupéré des petites parcelles familiales, toujours des petites surfaces que j'ai gardées ou que j'ai laissées. Toujours en Auvergne. »

Gérard : « Ah oui ça fait une économie compliquée, parce qu'il faut attendre à chaque fois que ce soit des vignes propres déjà."

Aurélien : « Oui c'est ça parce que des fois il faut reprendre une nouvelle forme de culture parce qu'on récupère des vignes qui ont soit été abandonnées, ou qui ont été en chimie,… Il faut donc les laisser un an ou deux. »

Gérard : « Oui ça veut dire travailler, sans récolter, tout en payant la location des vignes. »

Aurélien « J'ai beaucoup de fermage. Pour moi c'est plus simple financièrement. Et puis de toute façon je ne pourrais pas assumer en fait. Et puis c'est bien parce qu'on fait un peu ce qu'on veut, sauf quand on a des propriétaires qui sont vraiment casse-couilles, qui veulent  mettre du désherbant, etc..."

Gérard : « Oui alors là ce qui est bien c'est que tu peux te casser. »

Aurelien : « oui exactement… ou te battre un peu. Y'a des gars avec lesquels ça tire au couteau. On ne se parle pas. Je leur envoie le chèque par la poste et c'est tout. On se parle pas parce qu'ils viennent, et disent : « c'est n'importe quoi ! Il ne faut pas qu’il y ait d'herbes dans une vigne ! » Il y en a même qui viennent me voir en me disant qu'ils détestent l'herbe, que c'est de la merde…»

Florence : « Mais ils ne peuvent rien faire ? »

Aurelien : « Ah ben s’ils veulent ils peuvent me virer et/ou arracher les vignes.»

Gérard : « C'est un loulou Aurélien ! » plaisante Gérard.

Aurelien : « C'est comme ça. Mais j'aime aussi avoir des conversations avec eux. Parce que c'est intéressant. Bon, des fois ça marche pas. Par exemple la dernière fois, un mec est parti en reculant. Il ne voulait pas entendre ce que je lui disais, et il sentait que ça chauffait. »

Marc : « Bah oui quand le mec te dit qu'il faut que tu mettes du Round-up, il y a de quoi…»

Aurélien : « Oui ou même pas, juste critiquer le sens de ta démarche, de la culture que tu veux faire. »

Gérard : « Oui le vin que tu fais il s'en fout. Par contre les vignes et le sol il ne veut pas que tu lui abîmes… »

Aurélien : « Oui c'est ça. » Ils pensent que ça va faire mourir leurs vignes en fait. Après ils se disent qu'avec des gens comme moi ils ont moins de difficultés, parce qu'ils ne me connaissent pas et que donc ils auraient moins de scrupules à me virer, ou parce que ce sont des vignes qui vont passer en constructible un jour, des choses comme ça. Et puis bien-sûr il y a l'inverse il y a des choses super ! Il y a une dame par exemple elle est top ! Elle vient elle regarde mes vignes et elle est toujours émerveillée : qu’est-ce qu’elle est belle ! »

Gérard : « Oui heureusement il y a aussi des gens qui ont envie de réfléchir, qui pensent qu'il peut y avoir une autre voie… »

 On enchaîne sur « Blob » le pétillant naturel.

« C'est une vigne avec 9 cépages co-plantés. Le mec avait fait deux lignes par cépage. »

Et là on oublie le casse-croûte, Aniezka nous a préparé un chou farci magnifique ! 

Rien qu’à le regarder on savoure...

 

 On se régale… Le déjeûner s’étend dans le temps, d’autant que Gérard et Aurélien, tous les deux très pointus en musique se trouvent sur leur passion commune : "Et ça tu connais ?"... Non... Et ça, toit tu connais toi ?..."

Evidemment on n'a pas beaucoup de photos de bouteilles à vous montrer car on est dans une période post vendanges : les jus sont en cuves, et les bouteilles de l'année précédente sont vendues...

Le déjeuner terminé on descend pour aller goûter les jus au chai.

En bas des marches on craque au passage pour ces petites boules de poils.

 Dans le chai tout y est impeccable. Il n’y a rien qui traîne. Pas une tâche au sol…

 Il y a un ampli Marshall à l’entrée…

 On commence à déguster les jus du dernier millésime. Aurélien nous sert avec la pipette.

Aurélien : « Ça c'est un gamay sur granit. On a de belles extractions. Cette année on n’a pas des maturité très poussées. Ça ça fait 11,5 degrés de potentiel. »

Florence : « De potentiel ? »

Aurélien : «Ça veut dire que quand on mesure les sucres on est à peu près à 11,5 degrés d'alcool potentiel. On va dire 1070 g par hecto."

Le gamay d’Auvergne se raréfie car plus de pépiniériste...

Florence : « C'est un gamay d'où ? »

Aurélien : « C'est un gamay d'origine du beaujolais. Parce qu'en Auvergne il n'y a plus de pépiniériste, donc il n'y a plus de production de gamay d'Auvergne. Et ça c'est un vrai problème. Il faudrait limite qu'on fasse une annonce pour trouver quelqu'un qui se bouge le cul pour devenir pépiniériste. Ce serait vraiment génial ! »

Florence : « Mais qu'est-ce qu’il faudrait qu’il fasse ? »

Aurélien : " Qu’il s'installe ici et qu’il s'occupe des boutures. On aurait beaucoup moins de maladie si on travaillait à partir des grains de raisin.

C'est un peu stupide de dire ça comme ça, mais c'est un peu consanguin de reproduire tout le temps, comme on le fait, à partir de boutures pendant des années et des années."

Florence : « Comment va s'appeler cette cuvée ? »

Aurélien : « Ben cette cuvée je l'avais déjà faite l'année dernière et elle s'appelait « Les Epines à quoi servent-elles ? » Et je vais l'appeler pareil cette année. Sauf que c'est pas du tout le même vin en fait parce que l'année dernière ça faisait 14°, c'était soleil à fond et petits rendements… »

Gérard: « Et là c'est léger, tendu… »

Aurélien « La ça fait 11,5° maximum. »

Gérard : « C'est délicieux. »

Aurélien : « 2016 c’est une année où il y a eu de l'eau. Il y a eu plus de rendements. 2015 et 2016 c'est très différent. »

Silence. On savoure…

 Ensuite Aurélien nous fait goûter un jus qui n'a pas fini sa fermentation alcoolique.

« Ça c'est un pinot noir sur argile calcaire... Bon là évidemment ça pète de sucre. Mais c'est toujours intéressant de goûter des jus de raisin comme ça. »

Florian : "Belle matière ! »

Gérard : « C'est net. C'est hyper propre. C'est bien droit.»

Florence : « C'est délicieux ! Et comment va-t-il s'appeler celui-là ? »

Aurélien : « C'est nouveau. Parce que cette année j'ai doublé la surface des vignes. J'ai récupéré les vignes  d'un mec qui était installé ici en Bio. »

« En général le nom de la cuvée et l’étiquette viennent au moment de la mise en bouteille. Alors je ne sais pas encore. »

Marc : « il faut laisser venir le vin. »

 

... A SUIVRE Episode 2 : Le chai et la vigne d'Aurélien Lefort 

 

Aurélien Lefort
  • Aurélien Lefort

Dans: Dégustations 

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